• ... ou faire l'école buissonnière? 

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  • Cher Parent,

     

    Comme je te le disais dans mon précédent article, j’ai toujours adoré regarder les fleurs qui poussent le long du chemin…

     

    Au cours de ces quatorze années, j’ai donc bien observé mes collègues Enseignants…

     

    Et du coup, j’ai bien vu que je m’étais trompée : il n’y avait pas les Mentors d’un côté et les Aigris de l’autre…

     

    Quatorze ans de réflexion...

     

    Non, il y en avait beaucoup plus que deux de sortes de profs...   Voudrais-tu que je te fasse un inventaire ? C’est un peu difficile (voire impossible) de faire une liste exhaustive mais bon je vais essayer… (j'aime bien faire des listes...)

     

    En tout premier, il y a l’Enseignant-Bosseur, tu sais celui qui ferme la porte derrière lui, qui aime bien qu’on frappe avant d’entrer, qui s’applique pour laisser son bureau tout bien rangé, qui prépare soigneusement ses cours avant et après la classe... Cet enseignant-là se réserve quand même un droit : la possibilité de choisir à quel moment il bosse le plus : tôt le matin, tard le soir, toute la journée du dimanche,  le mercredi après-midi, au dernier moment dans l’urgence, la première semaine de juillet, la dernière d’août ou seulement sur un petit créneau qu’il s’octroie au milieu des vacances… ou même, même (mais chut Parent, ça faut pas trop le répéter), celui qui bosse uniquement quand il est avec ses élèves (en même temps, ça tombe bien vu que c’est pour ça qu’on le paye…)

     

    Il y a aussi l’Enseignant-Partageur, celui qui mutualise, lui je t’en ai déjà parlé  : plutôt généreux le type...

     

    Nous avons également le Créatif (ou la Créative on s'en fout): celui-ci adore enseigner les arts visuels, monter des spectacles, faire venir des conteurs à l’école, monter une chorale, ou raconter des histoires

    Quatorze ans de réflexion...

    etc. etc. etc. etc......

     

    Nous avons également l’Enseignant Sportif. Celui-là, tu peux le reconnaitre facilement Parent : en général, il porte un jogging, il court partout et il t’organise 50 000 projets à la fois du style :

    • Olympiades pour toute l’école
    • Cross inter-école, inter-collèges, inter-villes (bon sans la vachette en général mais bon Vous m’avez comprise, pas vrai Simone ?)

     

    En enfin, nous avons le fameux, le très très très connu Enseignant-Feignasse…

    Celui qui raconte à qui veut l’entendre qu’il a choisi ce job pour les vacances afin de pouvoir se faire des voyages de ouf!

    Celui qui se choisit un poste au bord de la mer pour pouvoir aller surfer tous les matins (et même le soir éventuellement).

    Celui qui te dit que toi, faut qu’t’arrêtes avec tous tes projets parce que tu vas te tuer au boulot…

     

    Mais celui-ci, Parent, je te conseille de t’en méfier très fortement… Parce qu'en fait... c’est un vrai filou :

    d’un côté Il te dit ça et de l’autre avec ses Yeux de lynx, Il voit et corrige toutes tes fautes d'orthographe, mais ensuite, tu apprends qu'Il est devenu formateur et accueille dans sa classe des apprentis-enseignants et puis ensuite ben, Il devient directeur d’école dans un  quartier où personne ne voulait aller et puis ensuite Il devient conseiller pédagogique dans un département où le DASEN a crée un poste tout nouveau, presque rien que pour Lui…

    Alors oui, je te le dis Parent, l’Enseignant-Feignasse, méfies-t’en vraiment… Moi je le sais bien, qu'il faut se méfier parce que j’en côtoie de très très près et souvent je leur dis :

     

    Bouh !!!! Vilain !!!!!!!

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Mais en réalité, c'est mes enseignants-préférés ;-)

     

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  • Salut Lecteur... faut qu'j'te raconte...

    Quand j'étais un bébé-enseignante (il y a donc quatorze ans maintenant...), je croyais que le monde des enseignants-adultes se divisait en 2 catégories: 

    - Ceux à suivre en exemple, à adopter comme mentors, ceux dont j'ai bu les paroles comme certains boivent de la bière ou du petit lait...

    Grosse fatigue...

    - et ceux qui étaient aigris...

     

    Grosse fatigue...

     

     

    Et dans mon petit esprit arrogant et étriqué de jeune-enseignante-qui-a-tout-compris à la Vie alors qu'elle débarque à peine dans le métier, je croyais avoir tout pigé...

    Grosse fatigue...

    Ah yes, j'ai trouvé la solution, allez c'est parti !!! En plus, trop de bol, en tant que P.E. je peux changer très facilement d'école... et même de type de poste ! Waouh !!

     

    Alors voyons voir, à l'IUFM j'ai fait: 

    - trois semaines en CE1 dans une école d'application tu sais, Collègue, ces écoles-magiques où les élèves sont vraiment parfaits ;-) 

    un stage en petite section de maternelle au pied des tours de la Téci

    - un en CM1 dans la petite banlieue de province

     

     

    Qu'est-ce que je pourrais faire maintenant...?

    Ah oui, je sais !!!

    Je vais faire: 

    - Lycée d'Enseignement Adapté avec des élèves à peine moins âgés que moi

    - IMPro

    - IME en passant le CAPA-SH en même temps (on dit plus CAPA-SH, on dit CAPPEI, Bouh Vilaine!)

    - puis CP-CE1 en zone rurale mais pas encore classée ZEP donc avec 29 ou 30 élèves par classe

    - ensuite, ben tiens, on va changer, on va essayer une toute petite école et prendre des CE1-CE2 et l'année suivante des CE2-CM2 (oui on va sauter le CM1, c'est bien plus rigolo !)

    - et puis 10 ans après, me voici en ULIS école donc...

     

     

     

     

     

     

    Et je me suis fatiguée toute seule...

    Grosse fatigue...

    Heureusement, sur mon chemin, j'ai souvent pris le temps de regarder les fleurs qui poussaient...

    J'ai remarqué Marie-Jo, 22 ans dans la même Petite Section, connue dans tout le canton pour avoir le Feu Sacré et embarquer chaque année les mômes et leurs parents dans des projets d'arts et de littérature toujours plus inspirants et plus inspirés...

    J'ai regretté d'avoir quitté mon équipe de choc avec qui on pouvait affronter vents et marées en gueulant souvent, en pleurant parfois, en riant vraiment beaucoup... sur le grand bateau de l'IME...

    J'ai cru avoir trouvé mon Eldorado dans cette minuscule école où tout le monde se connaissait, où j'ai été accueillie à bras et à coeurs ouverts et où j'ai laissé une toute petite partie de mon âme...

     

     

     

    Et puis, j'ai fini par poser mes valises dans cette immense école où tout n'est pas toujours rose...

    Grosse fatigue...

     

    Pour mes collègues... c'est peut-être plutôt Taz qu'ils ont vu débarquer...

    Grosse fatigue...

     ... à chaque fois...

    ... mais à chaque fois... ils m'ont prise comme j'étais...

    Et maintenant je sais... que le Monde des Enseignants n'est pas rose... 

     

     

    Il est multicolore...

    Grosse fatigue...

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  • La peur…

    Peur

     

    Tu la connais, Parent, la peur...

    ... et tes enfants aussi la connaissent très, très bien.

    Cette émotion qui peut s’instiller en nous de manière soudaine ou au contraire très lentement, petit à petit commPeure une toute petite tâche noire qui gagne du terrain, lentement mais sûrement…

     

    Ce lundi 09 décembre, quand j’ai pris la décision (d’apparence saugrenue et irréfléchie) de bloquer le portail de mon école, je l’ai ressentie à divers degrés.

    Peur de ce que les parents d’élèves allaient penser, peur de me faire taper sur les doigts par le maire de la commune ou par mon inspecteur, peur que mes collègues ne fassent les frais de ma décision…

    Peur aussi que quelque chose ne « dérape » avec mes élèves : que l’un d’eux ne s’échappe par le portail par exemple... Mais cette peur-là a été, elle, très vite contrebalancée par la connaissance que j’ai de mes élèves bien sûr, mais aussi par la confiance que j'ai dans les professionnelles avec qui je travaille (les AESH) et  en mes propres compétences pour gérer les situations "inhabituelles" (finalement assez fréquentes dans notre métier).

     

    La véritable peur que je ressentais datait de bien plus longtemps que ce 09 décembre 2019 et il m'est beaucoup plus difficile de mettre des mots dessus, de la cerner, de la circonscrire...

    Je la résumerai ainsi : au fil des quatorze années passées à exercer mon métier au sein de la Grande Dame Education Nationale, ma plus grande peur est

    celle de basculer du côté obscur…

    Peur

     

     

     Peur

     

     

     

     

    Si, si, bien sûr !

    Alors, laisse-moi t'expliquer ce qu'est, pour la prof des écoles que je suis, le côté obscur :

     

    Je crois qu'il s'agit de ces deux choses:

    • l’habitude
    • l’aliénation

     

    J'ai peur, et je ne veux pas m’habituer à certains aspects du quotidien qui me semblent révoltants :

    • m’habituer à la tension qui peut régner entre Parents et Enseignants se regardant trop souvent en chiens de faïence, chacun de leur côté du portail, critiquant et se méfiant au lieu de collaborer pour le bien-être de l’Enfant
    • m’habituer au manque de considération des enseignants : de l’échelle locale où les municipalités prennent régulièrement des décisions pour l’école sans même prendre la peine de demander leur avis aux enseignants à l’échelle nationale (et je ne m’étendrai pas sur ce sujet car il y en aurait vraiment trop à dire)
    • m’habituer à ce que la Loi ne soit pas respectée... que des élèves censés recevoir des moyens humains et/ou matériels alors que leurs parents effectuent un véritable parcours du combattant médical, social et administratif, ne reçoivent toujours pas l’aide indispensable à leur scolarité m’est devenu insupportable...
    • m’habituer à voir des collègues dépérir,

    ne plus aimer leur métier,

    des collègues -jeunes dans le métier- arriver le matin avec la boule au ventre,

    d'autres -plus chevronnés- commencer à virer aigris alors qu'ils ont toujours le Feu sacré, 

    ne pas vouloir de ces postes de direction qui deviennent un siège périlleux même pour les plus purs d’entre nous…

     (et sur ce dernier point, je te renvoie, Lecteur, à la lecture de cet article-là et de celui-ci)

     

    Je parlais aussi, Parent, de la peur de l’aliénation.

    - Aliénation au sens premier du terme : le fait de perdre un droit, un bien naturel…

     Le gel du point d’indice, la réforme des retraites, la perte de respect lié à la profession, le mal-être Enseignant avec son lot de dépressions et de suicides sont comme des bulles qui, enfin, commencent à éclater sous les yeux de l’Opinion Publique.

    Notre liberté pédagogique, notre liberté de penser, nous nous devons, en tant qu’enseignants, de la défendre coûte que coûte.

     

    - L’Aliénation, au sens d’une situation qui nous dépossède de notre Libre-Arbitre, de ce qui constitue notre être essentiel, notre raison d’être et de vivre[1] me menace aussi bien dans mon rôle d’Enseignante que dans celui de Maman.

    Celles et ceux qui prétendent que je peux choisir entre les deux, être davantage l’une que l’autre, ont tendance à me faire peur.

    Parce qu’on n’a pas à choisir entre les différentes facettes de notre Vie: elles sont comme des poupées russes qui s’emboitent les unes aux autres…

    J’ai peur pour l’avenir de mes deux enfants, tout comme j’ai peur pour celui de mes élèves. Je m’inquiète d’eux au présent et je veux qu’ils évoluent dans l’environnement le plus serein possible.

    Mais j’ai aussi peur pour mon enfant du passé. L’enfant qui est toujours en moi, qui a choisi ce métier par vocation, en croyant dur comme fer qu’il s’agissait du plus beau, du plus utile ; non pas en dévalorisant les autres métiers, mais simplement par instinct et pour répondre à un sentiment indéfinissable, ancré tout au fond...

     

    (Le salaire de la) Peur

     

     

     

     

    Heureusement, aujourd'hui, c'est le 2 janvier, le moment donc de prendre des bonnes résolutions... Jean-Mich-mich souhaite le bonheur à l'école? Ça tombe bien: les enseignants aussi !

    (Le salaire de la) Peur

     

     

    [1] Définition du Larousse

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  • Certes, nos enfants ont tous le DROIT d’aller à l’école mais l’école est elle le meilleur ENDROIT pour eux?

    Les limites de l'école inclusive

     

    Attends, Lecteur je vais t'expliquer...

    J'ai très récemment lu le témoignage d'une maman qui s’entend préconiser une baisse du temps scolaire pour sa fille en école maternelle. Et en le lisant, je me suis sentie, comme trop souvent depuis quelques années dans mon métier,

    coupée en deux.

    Les limites de l'école inclusive

     

     

    Lisez ce témoignage, partagez-le, il est poignant, il est sincère et il est révélateur d’une énorme problématique qui devrait tous nous concerner.

     

    Je coordonne un dispositif ULIS en école élémentaire depuis plus de trois ans. Pour rappel, le I d’ULIS signifie inclusion et l’inclusion j’y crois vraiment et depuis très longtemps.

     

    ⇒ Parce que j’ai animé il y a plus de 15 ans des colos où se mêlaient enfants « ordinaires » et enfants en situation de handicap mental,

    ⇒ parce que j’exerce dans une école où il fait bon vivre ensemble,

    ⇒ parce que je n’ai pas besoin de me battre avec mes collègues pour qu’ils acceptent d’inclure MES élèves vu que nous les considérons comme NOS élèves,

    ⇒ parce que nous cherchons toujours ensemble les solutions les plus adaptées aux problématiques individuelles en cohérence avec les problématiques de groupe,

    ⇒ parce que je vois, quotidiennement, de mes yeux, les bienfaits de l’inclusion: 

    Les limites de l'école inclusive

     

     

    Et pourtant...

    Pourtant, moi aussi, comme le Monsieur évoqué dans le témoignage, j'ai dit à des parents:

    Les limites de l'école inclusive

     

    Et s'il m'arrive de devoir dire tout cela, c'est parce que je vois quotidiennement, de mes yeux, la violence et la souffrance qui résultent parfois de l'inclusion:

    Les limites de l'école inclusive

     

     

    Alors bien sûr, on trouve des aménagements: médiation de l'adulte et discussions en Education Morale et Civique pour apaiser les conflits entre enfants, casque anti-bruits et accès à une salle moins bruyante pour éviter la cour de récréation emplie de 250 élèves pendant la pause méridienne, utilisation d'objets transitionnels pour faciliter l'acceptation du changement, intervention maximale des adultes (je remercie chaque jour le Ciel d'avoir la chance d'avoir les heures d'ASEH correspondant aux besoins de mes élèves)

     

    Mais cela ne suffit pas toujours...

    Parfois, certains enfants, à certaines périodes de leur vie ont besoin de soins,

    ce que l'école ne peut pas leur apporter,

    de prises en charge éducative et/ou sociale

    ce que l'école ne peut pas leur apporter,

    de relations étroites et privilégiées avec leurs parents,

    ce que l'école ne peut pas leur apporter...

     

    Dans le monde merveilleux selon Mélusine, tous les acteurs intervenant dans le développement de l'enfant : parents, enseignants, éducateurs, psychologues, orthophonistes, psychométriciens, AESH etc. auraient du temps et des espaces où échanger pour trouver au fur et à mesure, les solutions les plus adaptées. 

    Ayant travaillé en IME, j'ai pu toucher du doigt cet avantage du pluri-professionnel mais je me suis pris aussi de plein fouet les inconvénients de ces établissements, trop fermés sur eux-mêmes et où le terme "milieu protégé", flirtait un peu trop avec "exclusion de la société". 

    Les IME/ITEP sont en train de s'ouvrir et c'est très bien,

    l'école commence à laisser rentrer et c'est très bien.

    Mais l'inclusion n'est pas quelque chose qui peut simplement se décréter. Elle ne doit surtout pas être forcée. Et elle ne devrait pas être simplement généralisée. 

    L'école devrait avoir les moyens de faire du cas par cas, de considérer chaque individu INDIVIDUELLEMENT. 

    Mais force est de constater qu'on est loin de ça. 

    Les limites de l'école inclusive

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