• Heureux qui comme ULIS...

    ... a fait son Vendée Globe.

    Hey Lecteur !

    Je suis ravie de partager aujourd'hui avec toi ce joli texte écrit avec coeur par un enseignant passionné. Je n'y connais rien en bateaux et marées mais après avoir passé 4 années en ULIS, je le trouve très juste et bien écrit. Un grand merci à David André pour son aimable autorisation. 

     

    "Pour ceux qui voudraient comprendre, par l'allégorie, ce qu'est une classe ULIS:

     

    Mon Vendée Globe
     
    ULIS. Quel joli nom pour entamer, chaque saison, un périple qui nous mènera sur des mers incertaines à bord d'un navire appelé Classe.
    Parce qu'elle est belle cette course, différente, année après année, parce que nous reculons quelquefois pour mieux franchir les vagues qui nous attendent de septembre à juin. Parce que rien n'est certain, elle nous enivre...
     
    Tout commence avant les équinoxes d'automne. En bon équipage, chacun embarque avec son matériel, ses forces, ses faiblesses et une trouille bien naturelle à chaque nouveau départ.
    A la barre, le skipper ( que l'on appelle maître, à bord !) n'est pas le plus rassuré et s'il n'a pas navigué un tant soit peu par gros vent il risque de prendre la bôme à travers les gencives... Il installe en haut du mât, dans la hune, sa vigie qu'il appellera Avéesse, du nom de la déesse du recul et de la sérénité, deux qualités essentielles à son poste. Elle sera d'une importance méconnue pour la hiérarchie mais son plus précieux atout dans une manche fébrile. Il le sait et ne doit jamais hésiter à lui faire des offrandes chocolatées lorsque la période des fêtes, loin de la terre ferme, approche.
    Un pincement au cœur s'opère chez tous les moussaillons, lorsque, ventre sein bleu, tel un cordon ombilical, la corde est rompue pour le grand départ. Heureusement, pendant quelques jours la mer est calme et le commandant ne demande pas trop à l'équipage qui peut gémir sur les flots une semaine durant. Parce qu'il sait que ce sont encore des marins d'eau douce. Des novices de l'océan. Et oui, s'ils ont embarqué sur l'ULIS I° , ils le savent bien, c'est qu'ils ne sont pas les Kersauzon de la dictée, les Jean le Cam de la règle de 3, les Tabarly de la dextérité, mais, en bon vieux loup de mer, la capitaine saura trouver la tâche que chacun pourra mener à bien pour leur prouver qu'ils peuvent et qu'ils sont. Ils peuvent, ensemble, parce que seul nous sommes moins forts. Ils sont nos enfants, et nous allons leur montrer le chemin. Chacun pourra alors apprécier le vent dans les embruns, un coucher de soleil dans les Açores ou bien, plus encore, un repas partagé à fond de cale ou sur le ponton avec rires et rhum (Champomy) douze ans d'âge pour l'anniversaire d'Armelle ou la dent tombée de Jean. Bras dessus, bras dessous l'ivresse collective et les chansons faisant de nous tous des humains.
    Oh, il faudra du temps pour cela, la patience devra être notre vertu première car nous savons bien que nous ne pouvons pas toujours tirer les vents les plus rectilignes ou les plus facile à naviguer. Nous prenons, même en mer, des chemins de traverse loin des routes des grands marins mais ce combat, de chaque jour, pour cette bleusaille à pompons est un trophée à lui seul.
    Bientôt il saura lire les vagues, convertir les nœuds, utiliser un compas, regarder la ligne d'horizon dans les yeux. Des Ulysse des temps modernes dans un monde où les cyclopes, les sirènes aux chants mesquins ou des Circé capables de transformer les hommes en animaux rôdent et ne protègent pas...
    En décembre, la course est à l'équateur, il reste bien quelques îlots dangereux à passer mais l'équipage a trouvé son rythme, les écueils sont repérés rapidement et la Grand Voile n'a de secrets pour personne. Chacun a trouvé sa place et même si, parfois, certains continuent encore un peu à dégobiller par dessus bord les matins (l'acclimatation au mal de mer est plus longue chez nos terriens), on tient le bon cap. Celui de l'espoir. Celui de la bonne espérance. Et puis, les bons vieux loups de mer savent bien que ça ne sent pas toujours la rose sur les pontons et dans les cabines...
     
    Décembre est passé, la nouvelle année est là. Le sel continue de nous ronger mais le soleil se lève plus tôt et se couche plus tard, envoyant à nos cervelles éreintées le signal de la vie qui reprend le dessus. Les hormones s'activent, nous obligeant quelques fois à mater des rébellions impromptues et à mettre aux fers, le temps d'une récréations quelques esprits belliqueux. Trois fois rien par rapport aux mots doux qui fleurissent sous le gréement. "Quand les creux se font larges et mortels moussaillons, il n'est pas l'heure de conter fleurette" disait le célèbre Surcouf ! Alors à vos postes....
    La course se termine et , franchir la ligne d'arrivée est notre victoire. Les parents nous encouragent depuis le début et, même s'ils perdent patience, se désespèrent quelquefois parce que notre navire n'avance pas comme ceux de la tête de course, ils sont fiers de leurs pirates désormais capables de prouesses qu'ils n'auraient pas imaginés. Le champagne et les cadeaux coulent à flot à l'arrivée ( c'est encore une image ...mais pas toujours!) .
    Il faut déjà préparer la nouvelle course qui attend chacun. Le capitaine va mettre sur cales et rafistoler pendant l'été son cher rafiot. Les moussaillons les plus jeunes reviendront prendre place à des postes plus expérimentés l'année prochaine. Le bateau plus adapté du collège embarquera les marins confirmés, riches de ces expériences de vie qui forgent l'âme humaine. Ils auront grandi, gagné leurs galons mais, ils savent tous, que chacune de nos cellules est composée de sel de mer (c'est vrai, vérifiez , nom d'une pipe d'écume !) et que les pires tempêtes peuvent être en nous. Ce qu'ils ne savent pas par contre, c'est que ce corps qu'ils habitent depuis la naissance et la mer intérieure qui le compose leur prépare un ouragan appelé adolescence....
    Mais ceci est une autre aventure..."
    David André
    Enseignant à l'ULIS.
     

    Voilà Lecteur, si tu es enseignant, peut-être que cette jolie métaphore t'aura donné l'envie de t'aventurer dans ces eaux parfois troubles, voici donc de quoi peut-être t'aider un peu:

     Pour débuter, pour t'outiller, pour favoriser l'inclusion (c'est l'objectif premier!!) 

     

    Et pour en savoir un peu plus sur ces déesses si indispensables aux coordinateurs d'ULIS, tu peux jeter un oeil ici ou .

    Bon vent à toi !

    « Prendre les citrons les plus amers...
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